Anne-Marie est narratrice : elle imagine les gens comme des personnages, leur invente des trajectoires et des rencontres. Elle cartographie de nouveaux territoires qui accueillent la présence et l’absence, le présent et le passé, la vie et la mort, la réalité et l’imagination, le visible et l’invisible.

Anne-Marie est collectionneuse : elle recueille banalités, mémoires fragmentées, histoires de tous les jours, chats de céramique abandonnés. Les accumulations mènent à de nouvelles compréhensions, mais ses collections ne sont jamais complétées, jamais démystifiées. Elles deviennent de nouvelles entités.

Anne-Marie est curieuse : elle s’intéresse à ce qui existe à l’extérieur de l’image, aux moments oubliés dans le récit d’une histoire, aux personnes qui n’ont pas laissé beaucoup de traces. Elle aime l’imprévu d’une découverte, la possibilité de toujours trouver plus, la permission que l’on se donne de ne pas tout connaître. Elle se faufile, elle suppose et elle invente. Elle croit que la fiction est préférable à l’oubli.

Anne-Marie est illusionniste : elle joue avec la réalité, le temps et l’espace. Elle photographie ce qui semble s’estomper ou disparaître. Elle enregistre sur vidéo des témoignages en boucle. Elle dessine en s’assurant d’effacer ce qu’elle ne veut pas voir. Elle écrit pour poser des questions et pour donner des indices. Ses histoires sont au moins partiellement vraies.